L’inspiration de cet article m’est venue de l’histoire récemment relayée par plusieurs médias concernant Shawn K., un ingénieur logiciel américain de 42 ans, qui aurait été remplacé par l’intelligence artificielle.
Pourquoi cela m’intrigue-t-il autant ? Voici brièvement son histoire :
Shawn K. avait plus de 20 ans d’expérience dans le développement logiciel, particulièrement en PHP avancé et en WordPress. Plus récemment, il travaillait dans le domaine du métavers, secteur technologique autrefois considéré comme l’avenir. Employé par une entreprise dans le nord de l’État de New York, il percevait environ 150 000 dollars par an, soit près de 140 000 euros. En avril 2024, tout bascule : Shawn perd son emploi, selon lui, victime directe des avancées de l’IA. Capable de générer du code rapidement et à moindre coût, l’intelligence artificielle aurait remplacé ses tâches quotidiennes. Depuis, Shawn a postulé à plus de 800 emplois, ne décrochant qu’une poignée d’entretiens, souvent automatisés par des agents conversationnels. Aujourd’hui, il vit modestement dans une petite caravane en centre-ville, enchaînant les livraisons DoorDash et revendant des objets personnels sur eBay pour survivre avec quelques centaines de dollars mensuels.
Scénario catastrophe ? Au premier abord, oui. L’histoire de Shawn K. pourrait aisément susciter la panique : si un ingénieur brillant avec une solide carrière dans la technologie peut être si rapidement écarté par une IA, beaucoup d’autres métiers pourraient être menacés de la même manière.
Mais prenons un instant pour réfléchir et remettre cette histoire en perspective.
Comme pour toutes les grandes révolutions technologiques, il est essentiel de conserver un esprit critique. J’ai donc décidé d’approfondir ce sujet en recueillant l’opinion de plusieurs créateurs qui codent quotidiennement avec l’aide de l’IA. La réalité qu’ils décrivent est nettement plus nuancée.
Le consensus actuel est clair : oui, l’IA est extrêmement performante pour créer rapidement des prototypes, des tests de concepts et accélérer la phase initiale du développement. Mais au-delà, lorsqu’il s’agit de produire un code sécurisé, optimisé et prêt à être déployé dans un environnement réel, elle montre rapidement ses limites. En effet, le code généré automatiquement comporte souvent des failles importantes de sécurité ou des défauts structurels qui nécessitent impérativement une intervention humaine.
C’est précisément là qu’interviennent des ingénieurs expérimentés. Leur expertise devient indispensable pour vérifier, valider et corriger le travail des IA. Loin d’être inutiles, ils deviennent au contraire les garants de la fiabilité technique.
Par ailleurs, si vous avez déjà essayé de programmer avec l’aide d’une IA, vous savez certainement qu’il ne suffit pas de lui demander simplement : « Code-moi quelque chose ». Il faut lui indiquer très précisément ce qu’elle doit produire en définissant des objectifs clairs et détaillés. Ce travail préparatoire—comprendre les besoins, structurer la demande et guider l’IA—est également réalisé par un humain. Là encore, c’est précisément le type de rôle dans lequel les ingénieurs expérimentés excellent naturellement.
En prenant en compte ces deux aspects fondamentaux—la définition des besoins et le contrôle qualité du résultat—on réalise rapidement que l’humain n’est pas éliminé, mais repositionné dans une collaboration plus stratégique avec l’IA.
D’ailleurs, ce rôle existe déjà dans les entreprises : c’est celui du manager ou du chef de projet. Autrement dit, ceux qui réussissent le mieux à l’ère de l’IA sont ceux qui savent déjà communiquer efficacement, identifier des besoins concrets et traduire des demandes complexes en solutions exploitables.
Alors, quelle est la véritable leçon à tirer de l’expérience de Shawn K. ?
Vous avez encore du temps avant qu’une IA totalement autonome prenne toutes les décisions à votre place. En revanche, vous n’avez plus le luxe d’attendre avant d’apprendre à travailler efficacement avec l’intelligence artificielle, à la piloter, à devenir celui ou celle qui dirige la machine plutôt que d’en être une victime passive.
Si votre métier repose uniquement sur l’exécution de tâches répétitives, oui, l’IA risque effectivement de vous remplacer. Mais si votre rôle consiste à comprendre les besoins, traduire des volontés complexes et guider intelligemment des outils numériques, vous avez devant vous un avenir professionnel riche et prometteur.

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